Le bitcoin et l’or ferment la marche d’un classement de 21 grandes catégories d’actifs depuis janvier 2026. Une première depuis 2011. Derrière ce symbole, une même faiblesse structurelle face aux taux élevés, et une question qui divise les investisseurs sérieux: correction de fin de cycle ou retournement durable de la thèse réserve de valeur?
Au 23 octobre 2026, l’or affichait un recul de 7,5 % depuis le début de l’année, le bitcoin un repli de 7,3 %. Les deux actifs figurent en queue d’un tableau de 21 grandes catégories d’investissement établi par le stratégiste Charlie Bilello. Derrière les actions, derrière les obligations, derrière même les placements monétaires. Le détail compte: il ne s’agit pas des pires placements de tous les marchés, mais des deux dernières places d’une sélection précise de classes d’actifs.
Cette lanterne rouge partagée n’est pas un hasard. Elle raconte une mécanique de marché simple et brutale. Quand les rendements obligataires montent, détenir un actif qui ne verse aucun intérêt coûte plus cher. Le bitcoin et l’or ont ce point commun: ni coupon, ni dividende, ni loyer. À ce stade du cycle post-halving, cette réalité macro pèse plus lourd que tous les narratifs d’adoption. Reste à comprendre ce que cela signifie pour qui raisonne en années, pas en semaines.
Deux derniers sur 21: ce que dit vraiment le classement Bilello
Le chiffre frappe parce qu’il est inédit dans la série étudiée. L’historique de Bilello commence en 2011, année à partir de laquelle le bitcoin dispose de données suffisamment exploitables pour une comparaison annuelle. Jamais sur cette fenêtre les deux actifs n’avaient occupé simultanément les deux dernières places d’une année civile. L’affirmation porte donc sur quinze ans de données, pas sur toute l’histoire des marchés.
Le classement reste provisoire. Il est arrêté au 23 octobre, alors que plus de deux mois séparent encore les marchés de la clôture annuelle. Une variation marquée du bitcoin ou de l’or avant le 31 décembre pourrait redistribuer les dernières places. La photographie est donc exacte mais partielle. Elle fige un instant d’un cycle qui n’a pas livré son verdict.
Il faut aussi relativiser le périmètre. Le tableau porte sur 21 grandes catégories choisies par le stratégiste. Il ne couvre ni toutes les actions individuelles, ni l’ensemble des cryptomonnaies, ni chaque matière première prise séparément. Parler des « pires actifs de 2026 » est un raccourci de titre. La vérité est plus nuancée: deux réserves de valeur non souveraines décrochent face à des actifs porteurs de rendement dans un environnement de taux élevés.
| Actif | Performance | Période |
|---|---|---|
| Or | -7,5 % | 2026 au 23 octobre |
| Bitcoin | -7,3 % | 2026 au 23 octobre |
| Bitcoin | +121 % | Année 2024 |
| Or | +63,7 % | Année 2025 |
Source: Journal du Coin
Pourquoi les taux élevés punissent les actifs sans rendement
La mécanique est connue des gérants obligataires. Un actif qui ne produit aucun flux de trésorerie se compare en permanence au taux sans risque. Quand un bon du Trésor rémunère confortablement, l’investisseur arbitre: pourquoi immobiliser du capital dans un métal ou un jeton qui ne verse rien, alors qu’une obligation d’État offre un revenu régulier? Ce coût d’opportunité est le talon d’Achille commun du bitcoin et de l’or.
Cette pression s’est renforcée avec le retour des craintes inflationnistes. Le pétrole Brent a dépassé 116 dollars le baril le 23 octobre, porté par les tensions au Moyen-Orient et les risques sur l’approvisionnement. Une énergie plus chère alimente mécaniquement les prix à la consommation. Elle incite la Réserve fédérale à maintenir une politique restrictive plus longtemps. Le scénario d’une baisse rapide des taux, qui aurait allégé le coût d’opportunité, s’éloigne.
Détail révélateur: l’or n’a même pas profité du récent recul des valeurs technologiques, alors qu’il est traditionnellement recherché dans les phases d’incertitude. Selon les analystes d’ING, les investisseurs se montrent davantage préoccupés par la hausse du pétrole et ses conséquences inflationnistes que rassurés par le statut de valeur refuge du métal. Le réflexe habituel ne joue plus. C’est le signe d’un marché où l’inflation et les taux dominent tout le reste.
Le métal a néanmoins légèrement rebondi le 26 octobre, autour de 4 009 dollars l’once, après une semaine en recul de 4 %. La détente du pétrole a atténué une partie des inquiétudes. Mais la réunion de la Fed des 27 et 28 octobre reste le juge de paix. Tant que la banque centrale ne signale pas d’inflexion claire, le plafond de verre pèse sur les deux actifs non rémunérateurs.
Enjeux macro du bitcoin face à l'or en 2026
Correction de fin de cycle, pas effondrement de la thèse
Le recul de 2026 intervient après deux années exceptionnelles. Le bitcoin avait bondi de 121 % en 2024, l’or de 63,7 % en 2025, sa meilleure performance annuelle dans le tableau de Bilello[2]. Une partie de la baisse actuelle n’est donc pas un rejet de la thèse réserve de valeur. C’est une respiration après deux cycles de forte progression. Les marchés ne montent jamais en ligne droite, et un halving ne suspend pas la gravité macro.
Le début 2026 avait pourtant commencé sur une note positive. Le bitcoin a franchi les 90 000 dollars en janvier, sur une dynamique haussière, après avoir terminé 2025 en repli de 6 %[2]. L’or, de son côté, inscrivait de nouveaux sommets historiques. Les deux actifs ont profité un temps de la faiblesse du dollar. Le repli constaté en octobre s’inscrit donc dans un mouvement de va-et-vient, pas dans une chute continue depuis le 1er janvier.
Pour l’investisseur de long terme, la distinction est capitale. Une correction après deux années de hausse n’invalide pas l’offre plafonnée à 21 millions d’unités du bitcoin, ni la rareté de l’or. Elle rappelle simplement que ces actifs restent sensibles au cycle des taux. Le narratif « or numérique » ne protège pas des arbitrages de court terme opérés par des capitaux qui cherchent du rendement ailleurs.
Ce que les modèles de valorisation disent du retard du bitcoin
Un angle est largement ignoré dans la lecture « deux derniers sur 21 »: la valorisation relative du bitcoin face à l’or. Le modèle Bitcoin en Or de WisdomTree suggérait, au 31 mars 2026, une sous-évaluation du bitcoin de 26 % par rapport à l’or[1]. Autrement dit, le ratio bitcoin/or réel se situait nettement en dessous de l’estimation du modèle, intégrant les données macroéconomiques du moment.
Cet écart n’est pas abstrait. Il repose sur un constat: le bitcoin réagit de façon plus agressive que l’or aux changements macroéconomiques. Dans un scénario de desserrement monétaire ou de reprise de la liquidité mondiale, le modèle implique un rattrapage potentiel du jeton face au métal. Rien de garanti, mais une lecture plus riche que le simple classement annuel. La sous-performance de 2026 pourrait créer un différentiel que certains modèles considèrent déjà comme excessif.
D’autres analyses abondent dans ce sens. Selon des travaux relayés par CoinDesk, les métaux précieux (or, argent, platine, palladium) ont flambé pendant que le bitcoin, en tant qu’or numérique, semblait laissé pour compte[3]. L’argument avancé: à l’échelle mondiale, les réserves de valeur véritablement non souveraines sont extrêmement rares, et le bitcoin pourrait rattraper son retard sur l’or une fois l’environnement de taux apaisé. La corrélation entre les deux actifs reste par ailleurs quasi nulle, ce qui nuance l’idée d’un destin commun.
JPMorgan a aussi posé un repère chiffré sur le plan de la volatilité. En théorie, si le bitcoin devait égaler la volatilité observée sur l’or, son prix devrait avoisiner 266 000 dollars[5]. Ce calcul n’est pas une prévision mais une illustration: à volatilité comparable, l’écart de valorisation entre les deux actifs serait considérable. Une volatilité en baisse pourrait rendre le bitcoin structurellement plus attractif sur le long terme, un argument que l’orthodoxie monétaire prend au sérieux.
Les erreurs à éviter dans la lecture de ce classement
Première erreur: confondre une photographie provisoire avec un verdict annuel. Le tableau est arrêté au 23 octobre, pas au 31 décembre. Extrapoler une tendance de dix mois à toute l’année est une faute d’analyse courante. Les dernières places peuvent changer avant la clôture, surtout sur des actifs aussi volatils que le bitcoin.
Deuxième erreur: lire la sous-performance comme une invalidation de la rareté. L’offre plafonnée du bitcoin et la rareté de l’or ne disparaissent pas parce que les taux montent. Ce sont deux horizons différents. Le court terme obéit au coût d’opportunité et à la liquidité; le long terme s’appuie sur l’offre et la demande structurelle. Mélanger les deux conduit à vendre au pire moment.
Troisième erreur: négliger le risque. Les modèles de valorisation, aussi séduisants soient-ils, ne garantissent aucun rattrapage. Une sous-évaluation de 26 % peut persister, voire s’accentuer, si l’environnement macro reste défavorable. Raisonner en probabilités et en gestion de position, jamais en certitude. Le cold storage et une allocation mesurée priment sur le pari directionnel.
Notre analyse: le vrai test est macro, pas narratif
Le marché retient le symbole, « deux derniers sur 21 », et en tire un message de défiance. Les données racontent autre chose. Le bitcoin et l’or n’ont pas échoué en tant que réserves de valeur; ils ont simplement perdu l’arbitrage face au rendement dans un cycle de taux élevés. C’est une nuance décisive. L’actif monétaire rare ne promet pas de surperformer chaque année. Il promet de préserver dans la durée face à la dilution monétaire.
À ce stade du cycle post-halving, le vrai catalyseur reste la liquidité mondiale et la trajectoire de la Fed. La masse monétaire mondiale a atteint des niveaux record, un terreau favorable aux actifs non souverains dès que le coût d’opportunité se détend. Les véhicules institutionnels, ETF spot et trésoreries d’entreprise, continuent d’élargir l’exposition au bitcoin. Ces flux ne se lisent pas dans un classement de performance à dix mois.
La leçon pour l’investisseur de long terme est sobre. Ne pas confondre volatilité et fragilité. Ne pas acheter l’euphorie de 2024 ni vendre la lanterne rouge de 2026. L’offre plafonnée à 21 millions reste le cœur de la thèse, indépendante du bruit annuel. Le reste, pétrole, réunion de la Fed, flux ETF, détermine le tempo. Pas la destination.
Les informations contenues dans cet article sont fournies à titre indicatif et ne constituent pas un conseil en investissement. Les crypto-actifs sont des placements très volatils et présentent un risque de perte totale du capital investi. Faites vos propres recherches (DYOR) et, si besoin, consultez un conseiller financier agréé avant toute décision d’investissement.
Bitcoin et or derniers sur 21 actifs en 2026
- Au 23 octobre 2026, l'or recule de 7,5 % et le bitcoin de 7,3 % depuis janvier
- Première fois depuis 2011 que les deux actifs ferment un classement annuel de 21 catégories
- Le bitcoin avait bondi de 121 % en 2024, l'or de 63,7 % en 2025
- Le modèle BiG de WisdomTree estime le bitcoin sous-évalué de 26 % face à l'or au 31 mars 2026
- À volatilité égale à l'or, JPMorgan situe le bitcoin théorique près de 266 000 dollars
- Le Brent a dépassé 116 dollars le 23 octobre, nourrissant les craintes inflationnistes
Sources
4 sources · 5 faits vérifiés
- BTCPay Server : faille critique exploitée, les hot wallets des commerçants bitcoin vidés - 2 novembre 2026
- Bitcoin et or derniers sur 21 actifs en 2026 : ce que les taux élevés révèlent vraiment - 26 octobre 2026
- Bitcoin 0.1 reconstruit octet par octet : le SHA-256 qui prouve enfin l’honnêteté de Satoshi - 25 octobre 2026




