La communauté Solana vient de déposer la proposition de gouvernance SGP-0003. Objectif affiché: freiner l’inflation du SOL en multipliant par quatorze les burns quotidiens et en doublant le taux de désinflation annuel. Le token deviendrait-il déflationniste? Pas si vite.
Solana rejoue la partition d’Ethereum, avec deux ans de retard. Depuis son passage au mécanisme « ultrasound money », l’ETH brûle une partie de ses frais de transaction et flirte régulièrement avec la déflation. Solana veut désormais son propre récit monétaire. La proposition SGP-0003 regroupe deux modifications distinctes de la tokenomics du réseau, toutes deux censées réduire drastiquement la pression inflationniste exercée sur le SOL.
Le calendrier n’est pas anodin. Le SOL s’échange autour de 72,88 dollars et le récit de la « rareté programmée » est devenu un argument marketing incontournable pour tout écosystème layer 1 qui veut séduire les investisseurs institutionnels. Goldman Sachs vient de déclarer sa première exposition à SOL, Nasdaq a déposé une demande d’ETF sur le staking liquide, et la TVL de la DeFi Solana se stabilise autour de 10 à 11 milliards de dollars. Dans ce contexte, une tokenomics plus serrée devient un argument concurrentiel autant qu’un choix technique.
Reste la vraie question, celle que la communauté agite depuis la publication de la proposition: ces mesures suffisent-elles à rendre le SOL déflationniste? La réponse, chiffres à l’appui, est plus nuancée que les titres accrocheurs ne le laissent penser.
Comment fonctionne l’inflation du SOL
Solana émet environ 60 000 SOL par jour[1]. C’est le résultat mécanique de son schéma d’inflation, calibré à sa mise en réseau pour récompenser les validateurs et sécuriser le proof-of-stake. Ce taux d’émission décroît chaque année selon un calendrier de désinflation, jusqu’à atteindre un plancher de long terme.
Face à cette émission, les burns actuels font figure de goutte d’eau. Le réseau détruit environ 650 SOL par jour[1]. Autrement dit, pour chaque SOL brûlé, près de 90 nouveaux entrent en circulation. L’offre nette augmente donc chaque jour, et c’est précisément cette dynamique que SGP-0003 cherche à inverser, ou au moins à ralentir.
Le mécanisme de burn de Solana reste modeste comparé à celui d’Ethereum, dont l’EIP-1559 brûle une base fee sur chaque transaction depuis 2021. Solana brûle une part des frais, mais son architecture à très bas coût par transaction limite mécaniquement le volume détruit. Quand une transaction coûte quelques fractions de centime, même des millions de transactions ne produisent qu’un burn marginal.
La proposition part donc d’un double constat: l’émission reste élevée et les burns trop faibles pour compter dans l’équation monétaire. SGP-0003 attaque les deux leviers en même temps, ce qui explique pourquoi elle regroupe deux modifications au lieu d’une.
| Paramètre | Avec SGP-0003 | |
|---|---|---|
| Émission quotidienne | ~60 000 SOL | ~60 000 SOL (inchangée à court terme) |
| Burn quotidien | ~650 SOL | 7 500 à 9 000 SOL |
| Seuil plancher de désinflation | 1,5 % en 2032 | 1,5 % dès 2029 |
| Réduction d’émission sur 6 ans | — | ~18,9 millions de SOL |
| Burn nécessaire pour la déflation | — | ~30 000 SOL/jour |
Source: Cryptoast · Cryptonaute
Le premier levier: des frais restructurés et intégralement brûlés
La proposition demande aux validateurs et aux délégateurs d’approuver une refonte des frais de transaction de base. Ceux-ci seraient scindés en deux composantes distinctes. Une première partie, dite frais d’inclusion, resterait fixe et serait versée au leader du bloc, c’est-à-dire au validateur qui produit le bloc. Une seconde partie, calculée en fonction des ressources réellement consommées par la transaction, serait intégralement brûlée.
C’est ce second volet, porté par la proposition technique SIMD-0553, qui change la donne. En facturant selon les ressources consommées et en détruisant cette portion, le réseau ferait passer le burn quotidien de 650 à une fourchette de 7 500 à 9 000 SOL[3] dans le scénario le plus optimiste. Un facteur multiplicateur d’environ quatorze.
À l’échelle de l’offre annuelle, cela représenterait un burn net d’environ 0,5 % de l’offre en circulation, selon les analyses des équipes Temporal et Anza[3]. Au cours actuel, les 7 500 à 9 000 SOL brûlés chaque jour équivaudraient à près de 650 000 dollars détruits quotidiennement. Le chiffre impressionne, mais il faut le remettre en perspective face aux 60 000 SOL émis chaque jour.
Le calcul est implacable: brûler 9 000 SOL alors qu’on en émet 60 000 laisse toujours une offre nette positive de 51 000 SOL par jour. Le levier des burns, aussi spectaculaire soit-il en pourcentage, ne suffit pas seul à faire basculer le SOL en territoire déflationniste. D’où l’ajout du second mécanisme.
Les enjeux de la désinflation du SOL
Le second levier: doubler la désinflation pour attaquer l’émission
Puisque brûler ne suffit pas, la proposition s’attaque directement à la source: l’émission elle-même. SGP-0003 prévoit de doubler le taux annuel de désinflation du SOL. Concrètement, l’émission décroîtrait deux fois plus vite chaque année, ce qui rapprocherait bien plus tôt le réseau de son plancher structurel.
L’effet sur le calendrier est significatif. Le seuil plancher de désinflation de 1,5 % serait atteint dès 2029, au lieu de 2032 dans la trajectoire actuelle[1]. Trois années gagnées, ce n’est pas anodin pour un actif dont l’un des arguments de vente est justement la prévisibilité de son offre future.
Sur six ans, ce doublement permettrait de réduire les émissions de SOL de près de 18,9 millions d’unités[1]. C’est là que se joue le vrai combat contre l’inflation. Là où les burns retirent des tokens déjà émis, la désinflation empêche des tokens d’être créés. Les deux mécanismes se complètent: l’un vide le robinet, l’autre le ferme progressivement.
Selon les projections de l’outil développé par l’analyste Jussy sur X, il faudrait atteindre une destruction journalière moyenne de 30 000 SOL pour enclencher une véritable dynamique déflationniste. Ce seuil ne serait franchissable qu’à partir des premiers mois de 2029, et uniquement si les deux leviers combinés produisent leurs pleins effets, dans un contexte de forte activité réseau.
Le SOL va-t-il vraiment devenir déflationniste?
Non, pas immédiatement, et il faut être honnête sur ce point. Dans l’état actuel des choses, SIMD-0553 et sa destruction de 9 000 SOL dans le scénario le plus optimiste orientent le réseau dans la bonne direction, sans annuler l’émission quotidienne de 60 000 unités. La quasi-neutralité, oui; la déflation nette, pas avant plusieurs années.
Le point de bascule dépend de deux inconnues majeures. D’abord l’activité réseau: le burn étant lié aux ressources consommées, plus Solana traite de transactions, plus il brûle. Un marché baissier ou une chute d’activité réduirait mécaniquement les burns et éloignerait la déflation. Ensuite le rythme de désinflation, qui suit un calendrier programmé et ne dépend pas de l’usage.
Le scénario réaliste ressemble à celui d’Ethereum: une tokenomics qui devient déflationniste par intermittence, lors des pics d’activité, et légèrement inflationniste le reste du temps. C’est ce que Cryptonaute décrit comme un régime tendant vers la neutralité inflationniste, voire la quasi-déflation en période de forte activité[3]. Un argument structurel pour SOL, mais pas la promesse d’une rareté absolue et permanente.
Comparé à ses concurrents layer 1, ce positionnement a du sens. Face à Ethereum et son ultrasound money, face aux nombreux layer 2 qui rognent des parts d’activité, Solana ne peut pas se permettre de laisser filer son offre indéfiniment. Une tokenomics plus serrée devient un facteur de différenciation dans un univers où la compétitivité des altcoins est constamment remise en question.
Gouvernance: où en est la proposition et qui décide
SGP-0003 s’inscrit dans un cadre de gouvernance formel activé au début du mois de juillet 2026. Ce système, documenté dans le dépôt GitHub de la Solana Foundation, permet aux validateurs disposant d’au moins 100 000 SOL en staking, soit environ 7,7 millions de dollars aux cours actuels[3]de soumettre des propositions sur l’orientation stratégique du réseau.
Au moment de la publication, la proposition venait de dépasser les 15 % de soutien en SOL stakés, le seuil nécessaire pour entrer en phase officielle de discussion avant l’ouverture d’un vote formel. Ce franchissement ne garantit rien: il ouvre simplement le débat. La décision finale reviendra aux validateurs et aux délégateurs, qui voteront avec leur SOL staké.
Cette architecture de gouvernance mérite attention. Elle concentre le pouvoir de décision entre les mains des plus gros détenteurs de SOL staké. Ceux-là mêmes qui bénéficient des récompenses d’émission. Réduire l’émission revient à réduire leurs propres récompenses nominales, en pariant sur une hausse de la valeur du token pour compenser. Un arbitrage classique entre rendement immédiat et rareté future.
Notre analyse: ce que le récit déflationniste masque
Le mot « déflationniste » fait vendre, et c’est précisément pour cela qu’il faut s’en méfier. SGP-0003 est une proposition sérieuse, techniquement cohérente, mais le récit médiatique qui l’accompagne surévalue son impact à court terme. Multiplier les burns par quatorze sonne spectaculaire. Rapporté à l’émission quotidienne, l’effet net reste positif du côté de l’inflation pendant encore des années.
Le vrai signal n’est pas dans les chiffres de burn, mais dans le doublement de la désinflation. C’est le levier structurel, celui qui ne dépend pas de l’humeur du marché. Réduire l’émission de 18,9 millions de SOL sur six ans a un effet arithmétique bien plus fiable que des burns corrélés à une activité réseau qui peut s’effondrer du jour au lendemain. La communauté a raison d’avoir ajouté ce second mécanisme: sans lui, la proposition n’aurait été qu’un effet d’annonce.
Pour l’investisseur, la prudence s’impose. Une tokenomics plus serrée ne fait pas monter un token à elle seule. Ethereum est devenu ultrasound money sans que son cours explose pour autant. Ce qui compte vraiment, c’est l’adoption réelle, la TVL de la DeFi Solana, l’intérêt institutionnel matérialisé par les positions de Goldman Sachs et les demandes d’ETF[5]ainsi que la santé de l’écosystème applicatif. La rareté programmée est un plus, pas un moteur autonome. Et rien n’est acté tant que le vote formel n’a pas eu lieu.
Les informations contenues dans cet article sont fournies à titre indicatif et ne constituent pas un conseil en investissement. Les crypto-actifs sont des placements très volatils et présentent un risque de perte totale du capital investi. Faites vos propres recherches (DYOR) et, si besoin, consultez un conseiller financier agréé avant toute décision d’investissement.
SGP-0003 et la tokenomics du SOL: l'essentiel
- Les burns de SOL passeraient de 650 à 7 500-9 000 unités par jour
- Solana émet actuellement environ 60 000 SOL par jour
- Le seuil plancher de désinflation de 1,5 % serait atteint dès 2029 au lieu de 2032
- Réduction d'émission estimée à 18,9 millions de SOL sur six ans
- Il faudrait brûler ~30 000 SOL/jour pour une vraie déflation, possible dès 2029
- SGP-0003 a dépassé les 15 % de SOL stakés requis pour entrer en discussion
Sources
3 sources · 9 faits vérifiés
- Attaque DAO à 1,2 million $ : comment Binance l’a stoppée avant le vote, en moins de 48 heures - 21 août 2026
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