RWA tokenisés: la domination d’Ethereum recule à 61%, la Fondation rééquilibre son rôle

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La domination d’Ethereum sur les actifs du monde réel tokenisés, les RWA, n’est plus écrasante. Selon les données relayées par l’écosystème, sa part est passée d’environ 93% à 61% sur une période récente. La baisse est nette, mais elle ne raconte pas forcément une perte d’attractivité pure et simple. Elle s’inscrit dans un marché qui se diversifie, où d’autres réseaux gagnent des parts, et dans une évolution interne, la Fondation Ethereum assumant de réduire son influence directe sur certaines décisions et dynamiques.

La part d’Ethereum dans les RWA passe de 93% à 61%

Le chiffre frappe car il condense un basculement rapide. Quand un réseau passe de 93% à 61% de part sur un segment, la lecture spontanée évoque un déclassement. Dans les RWA, cette interprétation mérite d’être nuancée. D’abord, la tokenisation des actifs réels n’est pas un marché homogène, il agrège des instruments différents, obligations, bons du Trésor, crédits privés, fonds monétaires, parfois même des créances structurées, dont les contraintes techniques et réglementaires varient fortement.

Ensuite, une baisse de part relative peut coexister avec une hausse en valeur absolue. Si l’ensemble du marché RWA grossit vite, l’arrivée de nouveaux réseaux peut mécaniquement réduire la part d’Ethereum même si les encours continuent d’augmenter. Les plateformes concurrentes, souvent plus récentes, se positionnent sur des promesses de coûts plus bas, de finalité plus rapide ou d’intégrations plus simples pour des acteurs institutionnels, ce qui suffit parfois à capter de nouveaux flux sur des produits standardisés.

Dans ce contexte, le chiffre de 61% peut aussi refléter une fragmentation attendue. Les émetteurs et les infrastructures cherchent à limiter le risque opérationnel en évitant une dépendance totale à un seul réseau. Les stratégies multi-chaînes, où un même émetteur déploie des versions d’un produit sur plusieurs blockchains, deviennent plus fréquentes. Pour des acteurs soumis à des exigences de continuité, la diversification technologique ressemble à une assurance.

Enfin, la mesure de la “domination” dépend de la méthodologie, périmètre d’actifs, sélection des protocoles, prise en compte ou non des solutions de seconde couche. Or l’écosystème Ethereum s’est largement déplacé vers des Layer 2, ce qui peut déplacer des volumes hors de la couche principale dans certains tableaux de bord. La photo statistique reste utile, mais elle doit être lue en tenant compte de cette architecture devenue centrale pour la feuille de route.

La Fondation Ethereum réduit volontairement son influence opérationnelle

Un élément moins visible accompagne cette évolution, la Fondation Ethereum cherche à limiter son rôle prescripteur. L’idée n’est pas de se retirer, mais de réduire la perception d’un centre de pouvoir capable d’orienter à lui seul les priorités, le financement, ou la narration publique. Dans un secteur où la décentralisation est une promesse structurante, l’influence d’une entité, même à but non lucratif, peut devenir un point de critique, notamment quand les enjeux touchent à la régulation et à l’adoption institutionnelle.

Ce rééquilibrage passe par une redistribution des responsabilités vers des équipes indépendantes, des collectifs de recherche, des clients logiciels concurrents, et des organisations satellites. Sur le plan technique, l’objectif est de renforcer la résilience, éviter un “monoculture risk” côté implémentations, et encourager une pluralité d’approches. Sur le plan politique, cela vise à rendre plus crédible l’idée que Ethereum est une infrastructure publique, pas un produit piloté comme une entreprise.

Dans les RWA, ce positionnement compte. Les émetteurs institutionnels veulent de la stabilité, des processus clairs, des interlocuteurs identifiables, mais ils surveillent aussi le risque de gouvernance. Une fondation trop influente peut être perçue comme un point de pression, juridique ou réputationnel. À l’inverse, un écosystème où plusieurs acteurs portent l’innovation, l’audit, les standards et l’intégration peut rassurer, à condition que la coordination reste efficace.

Le paradoxe est là, réduire l’influence centrale peut donner l’impression d’une perte de contrôle, alors que cela peut renforcer la robustesse globale. Pour la Fondation Ethereum, l’enjeu est de conserver un rôle de catalyseur, financement de la recherche, soutien à la sécurité, coordination sur des sujets transverses, tout en laissant davantage de place aux marchés, aux développeurs et aux entreprises qui bâtissent des applications. Cette stratégie peut se traduire par une visibilité moindre, mais une infrastructure plus crédible sur le long terme.

Les réseaux concurrents gagnent du terrain sur les coûts et l’intégration

La concurrence sur les RWA ne se joue pas uniquement sur la sécurité ou la notoriété. Les acteurs qui tokenisent des actifs réels comparent aussi les coûts de transaction, la prévisibilité des frais, la simplicité d’intégration, la disponibilité d’outils de conformité, et la qualité des partenariats avec des dépositaires ou des prestataires KYC. Sur ces critères, des blockchains alternatives, souvent plus intégrées verticalement, peuvent proposer une expérience plus directe pour un émetteur qui veut lancer vite.

Les frais restent un sujet récurrent. Même si Ethereum a largement misé sur les Layer 2 pour réduire les coûts, la perception de complexité peut persister, choix du réseau, ponts, gestion de la liquidité entre couches, expérience utilisateur fragmentée. Pour des institutions, chaque brique supplémentaire ajoute des exigences de contrôle interne. Certains réseaux concurrents capitalisent sur une proposition plus simple, un seul environnement, une finalité rapide, des coûts faibles et stables.

Un autre facteur est la stratégie commerciale. Plusieurs écosystèmes ont mis en place des programmes d’incitation, subventions, accompagnement technique, accès à des intégrateurs, pour attirer des émetteurs. Dans la tokenisation, la distribution compte autant que la technologie. Les RWA ont besoin de marchés secondaires, de teneurs de marché, de plateformes d’échange conformes, et de canaux d’accès pour investisseurs qualifiés. Les réseaux qui orchestrent mieux cette chaîne de valeur peuvent accélérer leur part de marché.

Pour autant, le recul relatif d’Ethereum ne signifie pas qu’il devient marginal. Son avantage historique est une profondeur de liquidité, un tissu de développeurs, une maturité des outils, et une réputation de sécurité. Beaucoup de projets RWA privilégient encore Ethereum comme couche de règlement ou comme référence, tout en déployant des extensions ailleurs. La dynamique ressemble moins à un remplacement qu’à une segmentation, certains actifs et certains profils d’émetteurs choisissant des réseaux différents selon les contraintes.

La lecture du “recul” dépend des Layer 2 et des choix de mesure

L’écosystème Ethereum ne se limite plus à sa couche principale. La montée en puissance des Layer 2 modifie la façon dont les volumes sont comptabilisés. Si une partie des transactions et des positions RWA migre vers ces réseaux, la couche 1 peut apparaître en retrait dans des classements qui ne consolident pas correctement l’ensemble. Or, du point de vue de nombreux acteurs, un Layer 2 sécurisé par Ethereum reste une extension de son environnement, même si, dans les tableaux de bord, il est compté séparément.

Cette question de périmètre est cruciale pour interpréter le passage de 93% à 61%. Si l’on agrège couche 1 et certaines couches 2, la domination peut apparaître plus élevée. Si l’on ne retient que la couche principale, la baisse peut être amplifiée. La même discussion existe dans d’autres segments, la DeFi, les stablecoins, ou les NFT, où la métrique choisie, TVL, volumes, nombre d’adresses, donne des signaux différents.

Les RWA posent aussi un problème de définition. Compte-t-on uniquement les produits dont l’actif sous-jacent est clairement identifié, avec des mécanismes de preuve et des structures juridiques, ou inclut-on des représentations plus informelles, des jetons adossés à des promesses d’émetteurs, ou des instruments synthétiques. Selon la rigueur du filtre, la cartographie des parts par blockchain change. Une hausse d’activité sur un sous-segment peut faire bouger les parts globales sans refléter un changement de préférence sur les actifs les plus réglementés.

Pour les lecteurs, l’enjeu est de distinguer trois niveaux, la performance technique d’Ethereum, la stratégie de gouvernance plus discrète de la Fondation Ethereum, et la recomposition d’un marché RWA en pleine expansion. Pris ensemble, ils peuvent expliquer pourquoi un indicateur de domination baisse sans que l’attractivité fondamentale s’effondre. L’évolution reste incertaine, car elle dépendra autant des choix des institutions et des régulateurs que des avancées techniques et de la capacité des réseaux à offrir des standards interopérables.

Questions fréquentes

La baisse de 93% à 61% signifie-t-elle qu’Ethereum perd la bataille des RWA ?
Pas forcément. Une baisse de part peut venir d’une croissance plus rapide des réseaux concurrents, d’une diversification multi-chaînes des émetteurs et d’un comptage qui sépare la couche 1 d’Ethereum de ses Layer 2. Il faut regarder les encours en valeur, les types d’actifs inclus et la méthodologie avant de conclure à une perte d’attractivité.
Alain câlin est un rédacteur spécialisé dans les univers de la cryptomonnaie, de la finance et des investissements digitaux. Originaire de Marseille, il s’est imposé comme une voix analytique et accessible dans un secteur en perpétuelle mutation. Passionné par la blockchain, les NFT et les nouvelles formes d’actifs numériques, il décrypte les tendances, les opportunités et les risques liés aux marchés décentralisés.
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