Le bot Jaredfromsubway.eth, lié à 70% des sandwich attacks, exploité pour 7,5 M$

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Un acteur central du MEV sur Ethereum vient d’être pris à son propre jeu. Le bot Jaredfromsubway.eth, identifié comme responsable d’environ 70% des sandwich attacks observées sur le réseau entre novembre 2024 et octobre 2025, a été exploité pour un préjudice estimé à 7,5 millions de dollars. L’épisode, suivi de près par des analystes on-chain et des développeurs, met en lumière une réalité souvent rappelée dans l’écosystème, les stratégies d’extraction de valeur reposent sur une ingénierie complexe, et la moindre faiblesse opérationnelle peut se payer comptant.

Le bot est devenu au fil des mois un symbole d’une pratique controversée, l’insertion de transactions avant et après celles d’un utilisateur pour capter une marge sur le glissement de prix. Que cet outil soit lui-même victime d’un détournement souligne la fragilité des infrastructures MEV, tout en relançant le débat sur la protection des traders, la transparence des mempools et la responsabilité des intermédiaires techniques.

Les informations publiques disponibles à ce stade ne permettent pas toujours d’attribuer l’attaque à un groupe précis, ni de documenter chaque étape technique avec certitude. Mais plusieurs éléments reviennent dans les discussions, la surface d’attaque des bots MEV, la gestion des clés, les mécanismes d’accès aux bundles, et les arbitrages entre vitesse d’exécution et sécurité. Pour les utilisateurs finaux, l’enjeu est immédiat, comprendre comment une telle opération peut perturber la liquidité, affecter les prix exécutés et renforcer la défiance envers certaines pratiques de trading automatisé.

Jaredfromsubway.eth concentre 70% des sandwich attacks sur Ethereum

Le nom Jaredfromsubway.eth circule depuis des mois dans les tableaux de bord d’analyse du MEV. Entre novembre 2024 et octobre 2025, ce bot aurait représenté près de 70% des sandwich attacks sur Ethereum selon des estimations reprises par plusieurs observateurs du réseau. Cette concentration interpelle, car elle suggère une industrialisation de la stratégie, avec une automatisation capable de détecter des ordres, de calculer un impact de prix, puis de construire un enchaînement de transactions optimisé en quelques secondes.

Une sandwich attack vise généralement une transaction d’échange sur un DEX. Le bot place une transaction d’achat juste avant celle de la victime pour faire monter le prix, puis revend juste après pour capter la différence, en laissant l’utilisateur exécuter à un prix dégradé. Le mécanisme dépend de paramètres concrets, la profondeur de liquidité, la tolérance au slippage, les frais et la concurrence d’autres bots. Dans les périodes de volatilité, la pratique peut devenir plus rentable, car les utilisateurs élargissent parfois leur tolérance au glissement pour être exécutés rapidement.

Le fait qu’un seul bot domine un tel volume renvoie aussi à des choix d’infrastructure. Les opérateurs MEV investissent dans des connexions rapides, des systèmes de simulation et des relations avec des relais de construction de blocs. Les stratégies évoluent en continu, adaptation aux mises à jour de clients, aux changements de comportement des traders, aux modifications des pools de liquidité. Cette dynamique crée un écosystème compétitif, où la performance est mesurée en millisecondes, mais où la robustesse logicielle et opérationnelle devient un facteur de survie.

Pour les utilisateurs, l’impact est rarement visible sous forme d’une ligne explicite. Il se traduit par un prix moins favorable et parfois par un sentiment d’exécution « injuste ». Les portefeuilles et interfaces tentent de limiter le phénomène via des estimations de slippage, des avertissements ou l’usage de canaux privés. Mais la réalité du mempool public et la sophistication des bots font que la protection reste inégale selon les outils, les horaires de marché et la liquidité des paires tradées.

Une exploitation à 7,5 M$ révèle les failles des bots MEV

L’exploitation attribuée à ce bot, évaluée à 7,5 M$, rappelle que les opérateurs MEV sont exposés à des risques spécifiques. Un bot performant gère des volumes, des positions temporaires, parfois des prêts flash, et interagit avec de multiples contrats. Cette complexité multiplie les points de rupture, erreurs de logique dans la simulation, mauvaise gestion des autorisations, dépendance à des services externes, ou encore exposition de clés ou de endpoints.

Dans les scénarios évoqués par des analystes, une exploitation peut consister à piéger le bot avec une transaction apparemment profitable, mais construite pour inverser le résultat lors de l’exécution réelle. Les bots s’appuient sur des simulations locales ou sur des nœuds pour estimer la rentabilité. Si la simulation ne reproduit pas fidèlement l’état du réseau, ou si l’attaquant parvient à modifier l’environnement d’exécution, le bot peut signer une séquence perdante. Une autre piste discutée concerne les conditions d’accès aux bundles et la façon dont certains acteurs peuvent intercepter, réordonner ou répliquer des stratégies.

Les pertes de cette ampleur suggèrent un enchaînement rapide, potentiellement sur plusieurs blocs, avec une capacité à drainer des profits attendus ou des fonds opérationnels. Les bots MEV maintiennent souvent des réserves sur des adresses chaudes pour payer le gas et exécuter vite. Cette exigence de liquidité immédiate est un compromis, plus de capital disponible permet de saisir plus d’opportunités, mais augmente l’exposition en cas d’incident. Les opérateurs arbitrent aussi entre redondance et simplicité, multiplier les composants renforce parfois la résilience, mais ajoute des risques d’intégration.

Sur le plan de la sécurité, plusieurs pratiques sont régulièrement citées comme points d’amélioration, séparation stricte des clés, limitation des autorisations sur les contrats, surveillance en temps réel des comportements anormaux, et tests adversariaux plus poussés. Mais le secteur reste marqué par une culture de la vitesse, où la pression concurrentielle pousse à déployer vite des modifications. L’épisode Jaredfromsubway.eth sert de rappel, une stratégie rentable peut devenir une cible, et l’avantage technique d’hier peut se transformer en vulnérabilité demain.

Les traders DeFi face au slippage, aux mempools publics et aux routes privées

Les sandwich attacks prospèrent sur une donnée simple, la visibilité des transactions avant leur inclusion dans un bloc. Tant que le mempool public expose des ordres avec leurs paramètres, des acteurs peuvent tenter de les exploiter. Les traders DeFi le constatent surtout lors d’échanges sur des paires moins liquides ou quand ils fixent un slippage élevé pour éviter un échec d’exécution. Dans ces conditions, la marge capturable augmente, et la probabilité d’être ciblé progresse.

Pour réduire ce risque, certaines solutions consistent à envoyer les transactions via des routes privées, ou à utiliser des mécanismes de protection intégrés dans des interfaces. Des services de type « private relay » visent à empêcher la diffusion du contenu au mempool public. D’autres approches passent par des réglages, limiter le slippage, fractionner un ordre, choisir des horaires de moindre congestion, ou privilégier des pools plus profonds. Ces mesures ont un coût, l’exécution peut être plus lente, ou échouer plus souvent si le marché bouge rapidement.

L’exploitation d’un bot réputé agressif ne signifie pas que le problème disparaît. Les opportunités MEV attirent de nombreux opérateurs, et l’espace se reconfigure vite. Si un acteur majeur est neutralisé temporairement, d’autres peuvent prendre le relais, parfois avec des stratégies similaires, parfois avec des méthodes plus discrètes. L’attention se porte aussi sur les constructeurs de blocs, les relais et les validateurs, car leur rôle dans l’ordonnancement des transactions influence directement la capacité des bots à capturer de la valeur.

Du côté des protocoles, des pistes existent, amélioration de la conception des AMM, mécanismes de protection contre certaines formes de front-running, ou incitations à utiliser des canaux d’exécution moins exposés. Mais ces changements demandent du temps, des audits et une coordination entre équipes. Pour l’utilisateur, la prudence reste pragmatique, vérifier les paramètres, comparer les routes proposées, et comprendre que sur un réseau ouvert, la transparence qui fait la force de la DeFi crée aussi des opportunités d’exploitation.

Le marché du MEV sur Ethereum sous pression des chercheurs et régulateurs

Le cas Jaredfromsubway.eth intervient dans un climat où le MEV est de plus en plus documenté par la recherche académique et les équipes de sécurité. Les travaux sur l’extraction de valeur, la centralisation induite par les infrastructures de construction de blocs et les effets sur l’équité d’exécution alimentent un débat technique, mais aussi politique. Les critiques portent sur la perception d’un marché où des acteurs mieux équipés captent une rente, au détriment des utilisateurs ordinaires.

Les régulateurs, selon les juridictions, s’intéressent à la DeFi sous l’angle de la protection des consommateurs, de l’intégrité de marché et de la transparence. Les sandwich attacks peuvent être présentées comme une forme de manipulation d’exécution, même si elles s’inscrivent dans un cadre on-chain où les règles sont codées et publiques. La qualification juridique varie, mais l’accumulation d’incidents médiatisés renforce la pression pour des garde-fous, ou au minimum pour une information plus claire des utilisateurs sur les risques.

Dans l’industrie, certaines voix défendent une approche consistant à « internaliser » le MEV, en le redistribuant partiellement aux utilisateurs ou aux validateurs via des mécanismes encadrés. D’autres estiment que la priorité est de réduire l’exposition au front-running plutôt que d’organiser un partage. La réalité opérationnelle est qu’une part du MEV finance des infrastructures, des équipes de recherche et des optimisations, mais qu’elle peut aussi encourager des comportements prédatoires quand les incitations sont mal alignées.

L’exploitation à 7,5 M$ ajoute une couche, les opérateurs MEV ne sont pas seulement des prédateurs potentiels, ils deviennent aussi des cibles de choix. Cette dynamique peut pousser certains à renforcer leur opacité, ou à migrer vers des configurations plus privées, ce qui complique la mesure et l’analyse du phénomène. Le débat sur l’équilibre entre efficacité de marché, transparence et protection des utilisateurs continue de structurer les discussions techniques sur Ethereum, au rythme des incidents et des ajustements d’infrastructure.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une sandwich attack sur Ethereum ?
Une sandwich attack consiste à insérer deux transactions autour de celle d’un utilisateur sur un DEX, un achat juste avant pour déplacer le prix, puis une vente juste après pour capter une marge. L’utilisateur est exécuté à un prix moins favorable, souvent à cause d’un slippage trop élevé et d’une liquidité limitée.
Alain câlin est un rédacteur spécialisé dans les univers de la cryptomonnaie, de la finance et des investissements digitaux. Originaire de Marseille, il s’est imposé comme une voix analytique et accessible dans un secteur en perpétuelle mutation. Passionné par la blockchain, les NFT et les nouvelles formes d’actifs numériques, il décrypte les tendances, les opportunités et les risques liés aux marchés décentralisés.
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