La moitié des conseillers en gestion de patrimoine au Royaume-Uni déclarent ne pas avoir une vision claire des cryptoactifs détenus par leurs clients, selon une enquête de CoinShares. Cette “invisibilité” tient au fait qu’une partie des avoirs numériques est conservée hors des circuits traditionnels, via des plateformes d’échange, des portefeuilles non-custodial ou des comptes ouverts sans passer par l’intermédiaire habituel. Dans le même temps, l’étude souligne qu’au sein de l’Union européenne, de nombreuses sociétés de gestion disposent de politiques internes qui restreignent les investissements en actifs numériques, ou n’offrent tout simplement pas de cadre de recommandation.
Le constat met en lumière un décalage entre l’adoption grand public des cryptoactifs et les outils de suivi utilisés dans le conseil patrimonial. Quand une épargne est placée sur un compte-titres ou un contrat d’assurance-vie, elle remonte facilement dans les reportings. Avec des cryptoactifs, la situation change, les clients peuvent acheter du Bitcoin ou d’autres jetons sur une application, transférer vers un wallet, puis ne plus en parler, volontairement ou non. Pour les conseillers, cette zone grise complique l’évaluation du risque global, la diversification réelle et la liquidité disponible.
Sur le plan opérationnel, cette absence de visibilité peut influencer des décisions très concrètes, par exemple le calibrage d’une allocation prudente, la capacité à absorber une baisse de marché, ou la préparation d’un financement immobilier. Un client fortement exposé aux actifs numériques sans que son conseiller le sache peut se retrouver avec un profil de risque réel plus élevé que le profil déclaré. Dans l’autre sens, un client qui considère sa crypto comme un “à-côté” peut sous-estimer l’impact fiscal potentiel en cas de cession, surtout si les arbitrages sont fréquents.
L’enquête de CoinShares renvoie aussi à un sujet de conformité. Dans de nombreux cabinets, les procédures KYC et de connaissance du patrimoine s’appuient sur des documents bancaires et des relevés standardisés. Les cryptoactifs, eux, nécessitent souvent de collecter des preuves différentes, historiques d’exchange, attestations, adresses on-chain, ce qui demande du temps, des compétences et des outils. Certaines structures préfèrent donc limiter le sujet, soit par prudence, soit faute de moyens, ce qui entretient mécaniquement l’angle mort.
Le volet européen décrit par CoinShares insiste sur la diversité des politiques internes. Plusieurs sociétés de gestion basées dans l’UE auraient mis en place des règles qui restreignent l’accès aux actifs numériques, ou ne donnent aucune ligne directrice aux conseillers. Ce type de cadre peut aller d’une interdiction pure et simple, à des plafonds d’exposition, ou à une autorisation limitée à certains instruments. Dans les organisations où aucune doctrine n’existe, le risque est une hétérogénéité du conseil, certains professionnels évitent le sujet, d’autres en parlent sans cadre homogène, ce qui fragilise la qualité du suivi et la traçabilité des recommandations.
Cette situation intervient alors que l’industrie financière européenne se structure progressivement autour de nouveaux standards, avec des exigences accrues en matière de documentation, de gouvernance produit et de protection des investisseurs. Pour les acteurs du conseil patrimonial, l’enjeu consiste à transformer un phénomène déjà présent chez les clients en un élément observable et intégrable dans les bilans, sans basculer dans la promotion d’actifs volatils. La question n’est pas uniquement de proposer ou non des produits crypto, mais de savoir comment mesurer et encadrer une exposition qui existe déjà, parfois en dehors de tout mandat.
Dans les prochains mois, les cabinets qui souhaitent réduire cette “invisibilité” devront souvent agir sur plusieurs leviers, formation des équipes, questionnaires patrimoniaux mis à jour, procédures de collecte de justificatifs, et outils de consolidation capables d’intégrer des comptes d’exchange ou des wallets. Pour une partie du secteur, l’objectif sera surtout de sécuriser le diagnostic global, et non d’augmenter l’allocation en actifs numériques. CoinShares, de son côté, met en avant un marché où la demande des clients et la capacité des conseillers à l’encadrer ne progressent pas au même rythme, ce qui maintient une zone d’incertitude dans le conseil et le suivi des risques.
Questions fréquentes
- Pourquoi la crypto des clients peut-elle être “invisible” aux conseillers patrimoniaux ?
- Parce qu’une partie des avoirs est détenue hors des circuits bancaires classiques, via des plateformes d’échange ou des portefeuilles personnels, et n’apparaît pas automatiquement dans les reportings utilisés par les cabinets. Sans déclaration du client et sans procédure de collecte adaptée, ces positions restent hors bilan dans l’analyse patrimoniale.
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