CLARITY Act au Sénat : la SEC de Paul Atkins prépare son plan B réglementaire crypto

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Le CLARITY Act devait clarifier une bonne fois pour toutes le partage des compétences entre la SEC et la CFTC sur les cryptos. À sept mois de la fin 2026, le texte s’enlise au Sénat. Le président de la SEC prévient: si le Congrès n’agit pas, son agence édictera ses propres règles. Un plan B lourd de conséquences pour les émetteurs et les plateformes.

Washington joue son cadre réglementaire crypto sur un texte qui n’avance plus. Le Digital Asset Market Clarity Act, adopté par la Chambre des représentants en juillet 2025, patine désormais dans un Sénat divisé. Face à ce blocage, Paul Atkins, président de la Securities and Exchange Commission, a lâché un avertissement sur CNBC le 27 juillet: la SEC est prête à publier ses propres règles pour traiter les mêmes questions que la loi.

La déclaration n’a rien d’anodin. Elle change la nature du débat. Jusqu’ici, l’industrie attendait une loi fédérale, stable et difficile à défaire. Ce que propose Atkins, c’est un cadre par voie réglementaire, plus rapide à mettre en place mais aussi bien plus fragile juridiquement. Le régulateur peut colmater les brèches, mais il ne peut pas redessiner seul la frontière entre marchés de valeurs mobilières et marchés de matières premières numériques. Cette limite est au cœur de tout ce qui suit.

Ce que le CLARITY Act devait régler

Le texte répond à une question qui empoisonne le secteur depuis des années: quels crypto-actifs relèvent de la SEC et lesquels doivent être supervisés par la Commodity Futures Trading Commission? En l’absence de réponse claire, les plateformes américaines ont vécu sous la menace permanente d’une requalification de leurs jetons en titres financiers, avec les procédures qui vont avec.

Le Digital Asset Market Clarity Act crée une catégorie de « digital commodities » placée sous l’autorité de la CFTC. La SEC, elle, conserve la main sur les jetons proposés dans le cadre d’un contrat d’investissement, la fameuse doctrine héritée du test Howey. Cette répartition n’est pas cosmétique. Elle détermine quel régulateur impose quelles obligations, quels enregistrements et quelles sanctions à des dizaines de milliers d’acteurs.

Le texte prévoit aussi des règles d’enregistrement pour les plateformes, des obligations de transparence pour les émetteurs et un cadre pour la conservation des actifs numériques. Autrement dit, l’ossature complète d’une supervision de marché. Pour les investisseurs, l’enjeu est concret: un cadre prévisible réduit le risque juridique porté par les plateformes qu’ils utilisent et sécurise l’implantation des entreprises technologiques aux États-Unis[4].

La logique est celle d’une architecture à deux étages. Un jeton émis dans le cadre d’une levée de fonds relève de la SEC tant qu’il fonctionne comme un contrat d’investissement. Une fois le réseau suffisamment décentralisé, il peut basculer dans la catégorie des matières premières numériques, sous CFTC. C’est précisément ce mécanisme de bascule que seule une loi peut instituer proprement.

Le calendrier législatif qui joue contre la crypto

Le parcours parlementaire a démarré fort avant de ralentir. La Chambre des représentants a voté le texte le 17 juillet 2025 par 294 voix contre 134, avec le renfort de 78 démocrates[1]. Un score large, transpartisan, qui laissait présager une adoption rapide. La suite s’est révélée plus poussive.

En mai 2026, la commission bancaire du Sénat a approuvé le texte par 15 voix contre 9, avec le soutien de deux démocrates, avant son inscription au calendrier législatif. Le franchissement de cette étape en commission ne garantit rien pour le vote en séance plénière, où les règles de majorité au Sénat sont bien plus exigeantes.

Le parcours législatif du CLARITY Act
Étape Date Résultat du vote
Adoption à la Chambre des représentants 17 juillet 2025 294 voix pour, 134 contre (dont 78 démocrates pour)
Approbation en commission bancaire du Sénat Mai 2026 15 voix pour, 9 contre (2 démocrates pour)
Vote en séance plénière du Sénat En attente Non planifié
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Source: Journal du Coin

Les points de friction sont identifiés. Le Sénat doit régler plusieurs désaccords portant sur les conflits d’intérêts, la lutte contre le blanchiment et les récompenses versées sur les stablecoins. Ces sujets ne sont pas techniques au sens anodin: ils touchent à l’éthique parlementaire et à des dossiers politiquement sensibles. Une fois ces points tranchés, il faudra encore harmoniser le texte du Sénat avec celui de la Chambre, une étape qui peut consommer des semaines de négociation.

Le facteur temps devient décisif. Les élections de mi-mandat de novembre 2026 réduisent la fenêtre parlementaire disponible. Un Congrès en campagne légifère peu, et un basculement de majorité rebattrait entièrement les cartes. Chaque semaine perdue rapproche l’échéance électorale et éloigne l’adoption.

Enjeux du blocage du CLARITY Act

Partage SEC / CFTC en suspens
Seule une loi peut répartir durablement les compétences entre SEC et CFTC. Le plan B réglementaire ne peut pas trancher cette question centrale.
Fenêtre parlementaire réduite
Les élections de mi-mandat de novembre 2026 rétrécissent le calendrier. Chaque semaine perdue éloigne l'adoption du texte.
Chute des cotes prédictives
Polymarket a fait passer les chances de promulgation de plus de 80 % en février à environ 27 % au 31 juillet.
Fragilité du plan B
Une règle de la SEC est plus facile à modifier ou contester en justice qu'une loi fédérale. Elle n'offre pas la stabilité recherchée par l'industrie.
Impact sur l'adoption institutionnelle
Un cadre clair sécurise l'arrivée de produits régulés et l'implantation des entreprises crypto aux États-Unis.

Ce que disent vraiment les marchés prédictifs

Les paris en temps réel racontent une histoire moins optimiste que les communiqués officiels. Au 31 juillet, Polymarket n’accorde plus qu’environ 27 % de chances à une promulgation avant la fin 2026, contre plus de 80 % en février[1]. Une chute de plus de cinquante points en cinq mois. Le marché a intégré le blocage sénatorial bien avant les analystes qui répètent que la SEC « soutient » le texte.

Ce décrochage mérite qu’on s’y arrête. Le soutien affiché de Paul Atkins renforce en théorie les chances du texte, puisque le régulateur fournit une assistance technique aux législateurs. Mais les parieurs distinguent le soutien de l’exécutif du vote effectif au Sénat. Les deux ne coïncident pas. Un régulateur peut vouloir une loi sans que le Congrès la lui donne.

Les cotes fluctuent au gré des rebondissements politiques. Selon les données rapportées par CoinDesk[5]la probabilité a oscillé au fil de l’année, remontant temporairement autour de 42 à 47 % après des accords rapportés sur le volet éthique, avant de retomber. Ces mouvements traduisent une réalité simple: le sort du texte dépend de tractations sur des sujets périphériques, pas de son contenu crypto.

Pour un investisseur, la leçon est méthodologique. Les marchés prédictifs offrent un thermomètre plus honnête que les déclarations d’intention. Quand un dispositif législatif décisif voit sa probabilité chuter de 80 % à 27 %, c’est le signal qu’il faut cesser de considérer son adoption comme acquise et intégrer sérieusement le scénario alternatif. Ce scénario, c’est le plan B de la SEC.

Le plan B réglementaire: ce que la SEC peut et ne peut pas faire

Paul Atkins a été précis sur les termes. Interrogé le 27 juillet, il s’est dit « prêt, disposé et capable » d’adopter des règles traitant les mêmes questions que le CLARITY Act, ainsi que d’autres aspects du marché des cryptomonnaies[4]. Concrètement, la SEC pourrait avancer sans attendre sur la qualification des jetons, la conservation des cryptomonnaies ou le fonctionnement des plateformes.

Mais l’agence a elle-même posé la borne. Atkins l’a souligné: ces règlements ne remplaceraient pas une loi. La SEC agit dans les limites de ses compétences actuelles. Elle ne peut pas, à elle seule, accorder à la CFTC une autorité générale sur les marchés au comptant des actifs numériques. Or c’est exactement cette répartition SEC/CFTC qui constitue le cœur du CLARITY Act. Le plan B ne peut donc pas reproduire l’essentiel du texte.

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La différence de nature juridique est capitale. Une règle édictée par une agence fédérale est plus facile à modifier ou à contester qu’une loi votée par le Congrès. Elle peut être attaquée devant les tribunaux, révisée par une administration suivante, ou renversée par le Congrès via les procédures dédiées. Un cadre réglementaire n’offre pas la stabilité qu’une industrie recherche pour investir sur dix ans.

Loi fédérale contre règles de la SEC: deux régimes distincts
Critère CLARITY Act (loi) Règles de la SEC (plan B)
Répartition SEC / CFTC Possible et complète Impossible pour la SEC seule
Stabilité dans le temps Élevée Faible: révisable, contestable
Délai de mise en œuvre Long (Sénat, harmonisation) Plus rapide
Résistance aux recours Forte Exposée aux contentieux

Source: Journal du Coin · Cointribune

Il faut noter un signal contradictoire relevé du côté du régulateur des dérivés. Selon CoinDesk, la CME a annoncé son intention d’attaquer la CFTC au sujet des contrats à terme perpétuels, un différend qui illustre la fragilité d’un partage des compétences non consacré par la loi. Tant que le Congrès ne tranche pas, chaque régulateur défend son terrain et les acteurs naviguent dans l’incertitude.

Ce que ça change pour les émetteurs et les plateformes

Un cadre par règles de la SEC déplace le curseur du risque. Sans loi accordant à la CFTC son autorité sur les marchés au comptant, une part importante des jetons resterait dans la zone d’incertitude gérée par la SEC via ses prérogatives actuelles. Pour une plateforme américaine, cela signifie continuer à opérer sous une supervision qui peut évoluer au gré des recours et des changements d’administration.

Les émetteurs sont les plus exposés. Une loi aurait fixé noir sur blanc les conditions dans lesquelles un jeton bascule de la catégorie « titre » vers celle de « matière première numérique ». Des règles administratives peuvent offrir ce chemin, mais avec une garantie moindre: ce qui est concédé par voie réglementaire peut être repris par la même voie. La planification à long terme d’un projet en devient plus difficile.

Pour les investisseurs particuliers, l’effet est indirect mais réel. Un cadre stable rassure les acteurs institutionnels et favorise l’arrivée de produits régulés, y compris dans les enveloppes d’épargne longue. Les États-Unis de Trump ont d’ailleurs commencé à ouvrir les plans de retraite aux actifs numériques[3]une dynamique qui gagnerait à s’appuyer sur des règles claires plutôt que sur un régime susceptible d’être contesté en justice.

Le contraste avec l’Europe est instructif. Le règlement MiCA, entré pleinement en application, a imposé un cadre unifié et contraignant. Selon le Journal du Coin, seuls trois stablecoins majeurs passent le filtre européen[2]preuve qu’une régulation stricte redessine profondément le marché. Les États-Unis, eux, hésitent encore entre loi ambitieuse et rustines réglementaires.

Les erreurs de lecture à éviter

Première erreur: confondre le soutien de la SEC et l’adoption du texte. Le fait qu’Atkins apporte une assistance technique aux législateurs ne dit rien du vote au Sénat. Un régulateur favorable à une loi n’a pas le pouvoir de la faire adopter. Les deux plans, exécutif et législatif, obéissent à des logiques distinctes.

Deuxième erreur: croire que le plan B équivaut au CLARITY Act. Les déclarations d’Atkins sont sans ambiguïté sur ce point. La SEC ne peut pas attribuer à la CFTC une compétence générale sur les marchés au comptant. Un cadre réglementaire couvrirait donc une partie des questions, pas la totalité. Considérer les deux options comme interchangeables, c’est ignorer la limite juridique posée par le régulateur lui-même.

Troisième erreur: ignorer le risque électoral. La fenêtre parlementaire se referme avec les élections de mi-mandat de novembre. Miser sur une adoption de dernière minute revient à parier contre un calendrier structurellement défavorable. Les 27 % de Polymarket ne sont pas un pessimisme d’humeur, ils intègrent cette contrainte de temps.

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Notre analyse: un plan B qui révèle une fragilité, pas une solution

Le plan B de la SEC ressemble moins à une alternative crédible qu’à un aveu. Atkins le dit lui-même: seule une loi garantit un cadre durable. En brandissant sa capacité à agir seul, le régulateur signale surtout que le processus législatif est en panne et qu’il faut bien un filet de sécurité. Ce filet est troué par construction, puisqu’il ne peut pas régler la question centrale du partage SEC/CFTC.

L’industrie a tout intérêt à ne pas se satisfaire d’un cadre réglementaire. Ce qui se gagne par décision administrative se perd par décision administrative. Une loi votée par le Congrès résiste aux alternances politiques; une règle de la SEC dépend du président en poste à sa tête. Pour des projets qui se pensent sur une décennie, la différence est structurante. C’est pourquoi le vrai enjeu reste le Sénat, pas les intentions du régulateur.

La donnée à surveiller n’est donc ni les communiqués de la SEC ni les tribunes des lobbys, mais l’agenda du Sénat et la résolution des désaccords sur l’éthique, le blanchiment et les stablecoins. Tant que ces verrous tiennent, le CLARITY Act reste suspendu et le plan B demeure la seule perspective concrète. Un investisseur avisé lira les cotes de Polymarket avant les déclarations d’optimisme, et gardera à l’esprit que la clarté promise par le texte n’existera vraiment que le jour où le président la signera.

Les informations contenues dans cet article sont fournies à titre indicatif et ne constituent pas un conseil en investissement. Les crypto-actifs sont des placements très volatils et présentent un risque de perte totale du capital investi. Faites vos propres recherches (DYOR) et, si besoin, consultez un conseiller financier agréé avant toute décision d’investissement.

CLARITY Act et plan B SEC: l'essentiel

  • La Chambre a voté le CLARITY Act le 17 juillet 2025 par 294 voix contre 134
  • La commission bancaire du Sénat l'a approuvé en mai 2026 par 15 voix contre 9
  • Polymarket ne donne plus qu'environ 27 % de chances de promulgation avant fin 2026, contre 80 % en février
  • La SEC de Paul Atkins se dit prête à édicter ses propres règles crypto en cas de blocage
  • La SEC ne peut pas attribuer seule à la CFTC une autorité sur les marchés au comptant
  • Les élections de mi-mandat de novembre 2026 réduisent la fenêtre parlementaire
Antoine Laforge est un rédacteur passionné, né à Marseille, dont la plume vive et érudite trouve son écrin dans le monde dynamique et en constante évolution de la cryptomonnaie. Son parcours l'a mené à embrasser pleinement sa passion pour les technologies émergentes et les marchés financiers décentralisés.
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