Kwasi Kwarteng mise sur le bitcoin face à la « doom loop » budgétaire britannique

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L’ancien chancelier de l’Échiquier Kwasi Kwarteng lie les secousses récentes des marchés britanniques à une dynamique qu’il qualifie de doom loop budgétaire. Dans plusieurs prises de parole, il décrit un enchaînement où la défiance des investisseurs renchérit le coût de la dette, ce qui alimente à son tour la défiance. Dans ce contexte, il dit avoir renforcé son intérêt pour le bitcoin, présenté comme une alternative face à des systèmes financiers qu’il juge fragilisés, et s’implique dans une structure dédiée, Stack BTC.

Kwasi Kwarteng relie la volatilité des gilts à une doom loop fiscale

Pour Kwasi Kwarteng, les tensions sur le marché des obligations d’État britanniques, les gilts, illustrent la vulnérabilité d’un pays lorsque le financement public dépend d’une confiance qui peut se dégrader vite. Il reprend l’idée d’une boucle auto-entretenue dans laquelle la hausse des rendements obligataires augmente mécaniquement la charge d’intérêts, ce qui détériore les perspectives budgétaires, puis nourrit de nouvelles ventes de titres. Dans son analyse, ce mécanisme constitue une version moderne de la sanction de marché appliquée aux États lourdement endettés.

Son propos s’inscrit dans un souvenir politique encore sensible au Royaume-Uni. L’épisode de turbulence de l’automne 2022, marqué par une forte remontée des rendements et une intervention d’urgence de la Banque d’Angleterre pour stabiliser certains segments, reste un repère dans les débats sur la crédibilité budgétaire. Kwarteng, alors en poste, continue de défendre l’idée que la réaction du marché peut devenir disproportionnée lorsque des acteurs surendettés doivent vendre rapidement, et lorsque les anticipations de taux se réajustent brutalement.

Dans cette lecture, la doom loop ne concerne pas seulement le Trésor et les investisseurs. Elle touche aussi les institutions financières, notamment quand des stratégies de gestion d’actifs amplifient les mouvements, par appels de marge ou ventes contraintes. Une hausse des rendements peut fragiliser des portefeuilles, forcer des arbitrages, puis accentuer la hausse des taux, ce qui resserre les conditions de crédit pour l’économie réelle. Kwarteng insiste sur la dimension systémique, avec un risque de contagion entre marchés obligataires, financement bancaire et confiance des ménages.

Son diagnostic vise également la gouvernance économique. Il décrit un environnement où la politique budgétaire et la politique monétaire peuvent se retrouver en tension, surtout lorsque l’inflation et les taux directeurs évoluent rapidement. De ce fait, la trajectoire de dette devient plus sensible aux chocs, et les annonces politiques peuvent être interprétées comme des signaux de risque plutôt que comme des choix de croissance. Cette perception, selon lui, crée un terrain favorable aux actifs qui ne reposent pas sur une promesse étatique.

Stack BTC, la nouvelle activité de Kwarteng autour du bitcoin

Dans ses interventions, Kwasi Kwarteng met en avant son engagement dans Stack BTC, une structure positionnée sur l’écosystème bitcoin. Il présente cette orientation comme une réponse à la fragilité des architectures financières traditionnelles, en particulier lorsque la confiance dans les politiques publiques et la stabilité des monnaies est contestée. Le message est politique autant que financier, avec l’idée qu’un actif numérique, au fonctionnement ouvert et mondial, peut servir de contrepoint à des systèmes perçus comme centralisés et vulnérables aux erreurs de pilotage.

Le discours s’appuie sur des caractéristiques souvent avancées par les partisans du bitcoin, comme l’offre plafonnée à 21 millions d’unités et une émission programmée, indépendante des décisions d’un gouvernement. Pour Kwarteng, ces propriétés deviennent plus audibles dans un pays où les débats sur les impôts, la dépense publique et la dette sont devenus structurants. Il suggère que, lorsque les marchés doutent, la prime de risque sur la dette souveraine peut grimper vite, tandis qu’un actif comme le bitcoin se situe hors de cette logique d’émetteur.

Le choix de s’associer à une initiative dédiée intervient aussi dans un moment où les acteurs institutionnels, banques, sociétés de gestion, plateformes, multiplient les produits et services autour des cryptoactifs. Même si le bitcoin reste volatil, il bénéficie d’une notoriété et d’une liquidité supérieures à la plupart des autres actifs numériques. Dans son argumentaire, Stack BTC vise à capter cette demande, tout en revendiquant une approche plus structurée que la simple spéculation.

La démarche soulève des questions de conflit d’intérêts et de crédibilité, inévitables pour un ancien ministre des Finances. Kwarteng insiste sur une logique de conviction, mais son passage du pilotage des finances publiques à une activité liée à un actif contesté attire l’attention. Sur le plan médiatique, l’enjeu est double, clarifier la nature exacte de son rôle, et mesurer la portée de son influence dans un débat britannique déjà polarisé sur la régulation des cryptoactifs.

Le bitcoin présenté comme alternative aux systèmes monétaires fragilisés

La thèse défendue par Kwasi Kwarteng repose sur une critique des mécanismes de stabilisation traditionnels. Il décrit des économies avancées confrontées à des contraintes multiples, inflation persistante par épisodes, remontée des taux, vieillissement démographique, dépenses publiques élevées. Dans ce cadre, la capacité d’un État à financer durablement ses engagements dépend d’un équilibre délicat entre croissance, fiscalité et coûts d’emprunt. Lorsque cet équilibre se rompt, la tentation est forte d’ajuster par la monnaie, ce qui alimente la défiance d’une partie des épargnants.

Le bitcoin est alors présenté comme un actif extérieur, qui ne dépend pas d’une banque centrale, ni d’un calendrier électoral. Cette indépendance est au cur de son argument, surtout face à des épisodes où les interventions publiques deviennent massives, rachats d’actifs, garanties, plans de soutien. Kwarteng suggère que ces réponses, utiles à court terme, peuvent fragiliser la confiance à long terme si elles donnent l’impression que les règles changent selon les crises.

Mais le positionnement du bitcoin comme alternative se heurte à des limites concrètes. Sa volatilité reste élevée et son usage comme moyen de paiement demeure marginal dans l’économie britannique. La plupart des ménages l’abordent comme un placement risqué, pas comme une monnaie. Les coûts de transaction et la rapidité des paiements varient selon les solutions techniques utilisées. À cela s’ajoutent des risques de cybersécurité, de conservation des clés, et de fraude, qui compliquent une adoption grand public.

Le débat touche aussi la notion de résilience. Les défenseurs du bitcoin mettent en avant la robustesse du réseau et sa décentralisation. Les critiques répondent que la stabilité d’un système financier se mesure à sa capacité à absorber les chocs sans casser la confiance, et que les filets de sécurité publics jouent un rôle central. Kwarteng s’inscrit clairement dans une vision où la diversification hors du système devient une forme d’assurance, même si cette assurance a un prix, l’incertitude sur la valeur à court terme.

Régulation britannique, City de Londres et crédibilité politique après 2022

Au Royaume-Uni, la discussion sur le bitcoin se déroule dans un cadre réglementaire en construction. Les autorités ont multiplié les signaux sur la nécessité de protéger les consommateurs, de limiter les abus de marché et de renforcer les exigences de conformité. La FCA encadre déjà la promotion des cryptoactifs, et les gouvernements successifs ont affiché l’ambition de faire du pays un pôle d’innovation, tout en évitant une dérive vers un Far West financier. Ce double objectif, attractivité et contrôle, crée une ligne de crête.

La City de Londres observe ces évolutions avec pragmatisme. Les établissements traditionnels cherchent à répondre à la demande de certains clients, mais ils veulent aussi éviter les risques juridiques et réputationnels. Les produits liés au bitcoin, services de conservation, exposition via instruments financiers, restent un sujet sensible. Dans ce paysage, la prise de position d’un ancien chancelier attire l’attention, car elle peut être interprétée comme un signal politique, même si elle s’inscrit dans une trajectoire personnelle.

Le souvenir des turbulences de 2022 pèse sur la crédibilité des responsables publics. Les marchés obligataires, la politique budgétaire et l’indépendance de la banque centrale sont devenus des thèmes de surveillance permanente. Quand Kwarteng évoque une doom loop , il renvoie à une fragilité structurelle, mais il ravive aussi un débat sur la responsabilité politique, la qualité des annonces, la cohérence des chiffrages et la communication avec les investisseurs. Son virage vers le bitcoin peut être lu comme une critique implicite des garde-fous traditionnels.

Pour les observateurs, l’enjeu est de savoir si ce type de discours influence les comportements. Les investisseurs institutionnels se fondent d’abord sur des données, inflation, croissance, trajectoire de déficit, crédibilité des institutions. Le bitcoin, lui, reste un actif à part, corrélé par moments aux marchés actions, et sensible au cycle mondial de liquidité. Kwarteng met en avant l’idée d’une alternative, mais l’évolution reste incertaine quant à sa capacité à jouer un rôle stabilisateur dans une crise de dette souveraine.

Questions fréquentes

Pourquoi Kwasi Kwarteng associe-t-il la crise des marchés britanniques au bitcoin ?
Il décrit une « doom loop » où la hausse des rendements des gilts alourdit la charge de la dette et nourrit la défiance. Dans ce cadre, il présente le bitcoin comme un actif sans émetteur étatique, potentiellement utile pour diversifier face à des systèmes financiers qu’il juge fragilisés, tout en reconnaissant implicitement que la volatilité et la régulation limitent son usage comme alternative monétaire.
Alain câlin est un rédacteur spécialisé dans les univers de la cryptomonnaie, de la finance et des investissements digitaux. Originaire de Marseille, il s’est imposé comme une voix analytique et accessible dans un secteur en perpétuelle mutation. Passionné par la blockchain, les NFT et les nouvelles formes d’actifs numériques, il décrypte les tendances, les opportunités et les risques liés aux marchés décentralisés.
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