En 2026, deux voix suivies par les marchés, Sandy Kaul, responsable chez Franklin Templeton, et Jeremy Allaire, directeur général de Circle, défendent une thèse qui déplace le débat sur l’intelligence artificielle. Selon eux, la prochaine opportunité d’investissement liée à l’IA ne se limite pas aux fabricants de puces ou aux éditeurs de logiciels. Elle se situerait du côté de la crypto et des réseaux blockchain, car des agents IA de plus en plus autonomes vont devoir payer, encaisser, prouver leur identité et exécuter des transactions de manière programmable. Leur argument est simple, si des logiciels commencent à dépenser de l’argent sans validation humaine à chaque étape, l’infrastructure de paiement et de règlement devient un sujet central.
Cette idée s’inscrit dans un contexte où les entreprises expérimentent déjà des agents capables d’exécuter des tâches complètes, réservation, achat, arbitrages de services cloud, gestion de stocks, avec des budgets et des règles. Le point de friction apparaît rapidement, comment donner à un agent un moyen de paiement natif, traçable, automatisable, interopérable, tout en conservant des garde-fous, conformité, limites de dépense, audit. Kaul et Allaire mettent en avant la blockchain comme couche de règlement et d’automatisation, au moment où les stablecoins gagnent en visibilité comme pont entre finance traditionnelle et systèmes crypto.
Le propos ne signifie pas que la crypto remplace les rails bancaires existants du jour au lendemain. Il suggère plutôt un déplacement du centre de gravité technologique, l’IA produit des décisions, la blockchain exécute et règle des engagements, pendant que des monnaies numériques stables servent de carburant transactionnel. Côté marchés, cette lecture alimente un scénario, l’ IA trade pourrait s’élargir vers des acteurs de l’infrastructure crypto, des émetteurs de stablecoins, des réseaux de couche 1 et 2, et des prestataires de conformité. La question, pour les investisseurs et pour les régulateurs, devient celle du rythme d’adoption et des usages solvables.
Sandy Kaul décrit l’agent IA comme nouveau consommateur
Sandy Kaul, chez Franklin Templeton, popularise une image parlante, l’agent autonome n’est plus seulement un assistant conversationnel, c’est un acteur économique. Dans cette logique, l’agent IA compare des offres, sélectionne un prestataire, passe commande, puis paye. À grande échelle, l’agent n’agit pas une fois par semaine, il peut exécuter des micro-décisions en continu. Le volume potentiel de transactions devient alors un facteur clé, même si chaque opération est de faible montant. Cette vision déplace l’attention vers les rails capables d’encaisser des paiements fréquents, à faible coût et avec une exécution automatisée.
Sur le terrain, plusieurs cas d’usage sont déjà discutés dans les entreprises. Un agent pourrait acheter automatiquement des crédits API, augmenter une capacité cloud pendant un pic de demande, renouveler un contrat de données, ou régler un prestataire logistique au fil des livraisons. Dans ces scénarios, la latence de règlement, les frais fixes et les contraintes d’intégration peuvent devenir un frein. Kaul met l’accent sur la monnaie programmable, un paiement qui n’est pas seulement un transfert, mais un déclencheur d’actions, libération d’un service, mise à jour d’une licence, dépôt d’une garantie, restitution partielle selon performance.
Cette thèse suppose un changement dans la manière de contrôler le risque. Si un agent est autorisé à dépenser, il faut définir des plafonds, des listes blanches de marchands, des règles conditionnelles et des mécanismes d’audit. L’argument pro-blockchain repose sur la traçabilité et sur l’exécution déterministe de règles via des contrats intelligents. Une entreprise peut, en théorie, inscrire des contraintes, montant maximum, fréquence, catégories, puis vérifier après coup les transactions. Le sujet n’est pas uniquement technique, il touche la gouvernance interne et la responsabilité, qui valide les paramètres, qui répond en cas d’erreur, qui supporte une fraude.
Les limites sont connues. L’autonomie de l’agent dépend de la fiabilité de ses décisions et de la qualité de ses données. Une erreur d’interprétation, une manipulation via du contenu trompeur, ou une faille dans une intégration peut provoquer des dépenses indésirables. De ce fait, les entreprises avancent souvent par pilotes, en commençant par des dépenses de faible criticité. Kaul insiste sur le fait que l’infrastructure de paiement ne doit pas devenir le goulet d’étranglement, car sans moyens de régler, l’agent reste cantonné à recommander au lieu d’agir.
Dans cette lecture, l’opportunité AI trade se déporte partiellement vers les rails transactionnels. Ce n’est pas un appel à ignorer les puces ou les modèles, mais une proposition de diversification thématique, là où la valeur pourrait se créer si le nombre d’opérations machine-à-machine explose. L’évolution reste incertaine sur le calendrier, mais la direction proposée par Kaul met la dépense autonome au cœur du débat, et non uniquement la génération de texte ou d’images.

Jeremy Allaire mise sur les stablecoins pour paiements machine-à-machine
Jeremy Allaire, directeur général de Circle, défend depuis plusieurs années l’idée que les stablecoins sont un outil de paiement global, plus proche d’un protocole internet que d’un produit de niche. Son raisonnement appliqué à l’IA est direct, si des agents deviennent des acteurs économiques, ils auront besoin de cash numérique utilisable par API, réglable rapidement, auditable et interopérable. Pour Allaire, les stablecoins, adossés à des monnaies fiduciaires, répondent à cette contrainte, car ils combinent stabilité nominale et circulation sur des réseaux programmables.
Circle se trouve au centre de cette discussion, car l’entreprise émet des stablecoins et travaille avec des partenaires financiers. Allaire insiste souvent sur la capacité d’intégration, création de portefeuilles, paiement automatisé, rapprochement comptable, et sur l’idée d’un règlement quasi instantané selon le réseau utilisé. Dans un monde d’agents IA, l’agent ne sort pas une carte bancaire, il appelle une fonction, signe une transaction et déclenche un transfert. Le paiement devient un événement logiciel, ce qui rapproche l’économie des architectures informatiques modernes.
La question de la confiance reste déterminante. Les stablecoins reposent sur la qualité des réserves, la transparence, et la gestion opérationnelle, rachat, émission, contrôles. Pour un usage à grande échelle par des entreprises et leurs agents, les exigences de conformité, lutte contre le blanchiment, sanctions, connaissance du client, deviennent centrales. Allaire met en avant la possibilité d’implémenter des contrôles au niveau des services et des portefeuilles, afin de concilier programmabilité et exigences réglementaires. Mais cette promesse dépend de l’écosystème, prestataires d’identification, échanges, banques partenaires.
Un autre point concerne les coûts et la résilience. Les frais de transaction sur certains réseaux peuvent augmenter en période de congestion, ce qui pénalise des micro-paiements. Les solutions de couche 2, ou des réseaux spécialisés, cherchent à réduire ces frictions. Pour l’usage agentique, l’économie unitaire compte, si un agent effectue des milliers d’opérations, quelques centimes de trop deviennent significatifs. Allaire souligne aussi la dimension internationale, des agents qui achètent des services partout dans le monde, avec conversion et règlement simplifiés, peuvent réduire des délais et des coûts liés aux paiements transfrontaliers.
Dans cet angle, les stablecoins deviennent le carburant d’une économie automatisée. Le pari n’est pas seulement l’adoption par les particuliers, mais l’utilisation industrielle, paiements entre logiciels, facturation à l’usage, garanties automatisées, rémunération de fournisseurs de données. Les investisseurs qui suivent cette lecture regardent moins les plateformes de trading grand public et davantage l’infrastructure, émetteurs, réseaux, services de conformité, outils de custody et de comptabilité crypto.

La blockchain comme couche de règlement et d’exécution programmable
L’argument commun à Sandy Kaul et Jeremy Allaire tient en une formule, l’IA décide, la blockchain exécute. Une blockchain publique ou permissionnée peut servir de registre partagé où les transactions sont enregistrées, où les règles d’exécution sont codées, et où l’état d’un contrat est vérifiable. Pour des agents autonomes, cette couche a un intérêt particulier, elle permet de construire des flux où le paiement et la livraison d’un service sont liés, accès à une API, déblocage d’un fichier, activation d’une licence, rémunération d’un contributeur, sans recourir à une réconciliation manuelle.
Les contrats intelligents sont souvent présentés comme l’outil principal. Concrètement, ils peuvent imposer des conditions, payer un fournisseur de données si un certain seuil de qualité est atteint, restituer une caution si un SLA est respecté, fractionner un paiement selon des étapes. Dans un contexte agentique, un agent peut interagir avec ces contrats comme avec n’importe quel service, en envoyant des transactions signées. Le bénéfice attendu se situe dans l’automatisation et dans la vérifiabilité. Pour une entreprise, le fait de pouvoir auditer un flux de paiements et d’exécution sur un registre commun répond à une partie des exigences de contrôle interne.
La réalité opérationnelle est plus nuancée. Tous les usages ne nécessitent pas un registre public, et des considérations de confidentialité apparaissent vite. Beaucoup d’entreprises hésitent à exposer des données de transactions, même pseudonymisées, sur une chaîne publique. Des solutions existent, chiffrement, preuves à divulgation nulle, chaînes permissionnées, mais elles ajoutent de la complexité. De plus, l’intégration avec les systèmes comptables, la gestion des clés cryptographiques, les procédures de sécurité et les politiques d’accès restent des points sensibles. Un agent IA qui détient une clé de signature devient une cible, ce qui renforce l’intérêt pour des mécanismes de garde, multi-signature, contrôles d’accès, modules matériels.
La performance des réseaux compte aussi. Les agents, s’ils exécutent des opérations fréquentes, ont besoin de confirmations rapides et de frais prévisibles. C’est une des raisons pour lesquelles les solutions d’extension, couches 2, réseaux alternatifs, et mécanismes de compression de transactions, sont mises en avant par l’écosystème. Dans la pratique, les choix techniques se font selon le type d’usage, paiements internes, règlements entre partenaires, interactions avec des services publics, besoin de finalité rapide, besoin de transparence.
Pour le marché, l’idée d’une blockchain au cœur de l’économie des agents redonne une narration à un secteur parfois réduit à la spéculation. Mais l’adoption dépendra de preuves concrètes, gains de coûts, réduction de délais, baisse de fraude, simplification des flux transfrontaliers. Les dirigeants cités défendent une direction stratégique, tandis que les entreprises, elles, arbitrent sur des critères plus prosaïques, sécurité, conformité, intégration, continuité de service, et capacité à expliquer ces choix à leurs régulateurs et à leurs clients.
Risques 2026: conformité, sécurité des clés et gouvernance des agents
La perspective d’agents IA qui dépensent de manière autonome soulève des risques spécifiques, et ces risques conditionnent l’adoption de la blockchain et des stablecoins. Le premier sujet est la conformité. Les paiements programmables et transfrontaliers attirent l’attention des régulateurs, notamment sur la traçabilité des fonds, l’application des sanctions, et la lutte contre la fraude. Les entreprises devront prouver qu’un agent ne peut pas payer un acteur interdit, et qu’il existe des mécanismes de gel, de récupération ou de blocage en cas d’incident. Cela implique une couche de contrôle au-dessus de la pure infrastructure blockchain.
Deuxième sujet, la sécurité des clés. Une transaction blockchain n’est pas seulement un clic, c’est une signature cryptographique. Si un agent détient une clé, il détient un pouvoir de dépense. Les scénarios de compromission incluent le vol de clés, l’accès abusif via une faille applicative, ou une manipulation de l’agent via des instructions malveillantes. Les réponses passent par des portefeuilles à autorisations, des plafonds, des règles de dépense, des dispositifs matériels, et des schémas multi-signatures où plusieurs validations sont requises au-delà d’un certain montant. Mais ces garde-fous réduisent l’autonomie, ce qui crée une tension entre efficacité et contrôle.
Troisième sujet, la gouvernance. Un agent n’est pas une personne morale. Qui porte la responsabilité d’une dépense erronée, d’un contrat mal paramétré, d’un paiement exécuté sur une mauvaise adresse. Les assureurs et les auditeurs vont demander des traces, des règles documentées, des tests, et des processus d’approbation. La promesse d’un système automatique n’élimine pas le besoin de gouvernance, elle le déplace vers la conception des règles et la supervision. Les entreprises devront également gérer la séparation des rôles, un agent qui initie, un système qui valide, un humain qui supervise les exceptions.
Quatrième sujet, la volatilité des infrastructures. Même avec des stablecoins, l’environnement crypto dépend de réseaux, de prestataires d’accès, de plateformes d’échange et de services de custody. Les interruptions, congestions et défaillances existent. Dans une chaîne d’approvisionnement logicielle, un incident peut bloquer des paiements et interrompre un service, ce qui peut coûter cher. Les directions informatiques chercheront des architectures redondantes, multi-réseaux, multi-fournisseurs, et des procédures de reprise. Cela augmente la complexité, mais rend l’approche plus acceptable pour des usages critiques.
Enfin, le risque réputationnel compte. Un projet associant IA et crypto attire l’attention, parfois négative, surtout si des incidents de fraude ou de contournement apparaissent. De ce fait, certains acteurs privilégieront des pilotes discrets ou des réseaux permissionnés avant de s’exposer à des infrastructures publiques. Le débat porté par Kaul et Allaire met le doigt sur un pivot possible des marchés, mais la vitesse de diffusion dépendra d’un équilibre entre innovation, conformité et maîtrise du risque opérationnel.
Questions fréquentes
- Pourquoi Franklin Templeton et Circle lient-ils agents IA et blockchain en 2026 ?
- Leur idée est que des agents IA plus autonomes devront régler des achats et des services sans validation humaine à chaque étape. La blockchain et les stablecoins apportent des transactions programmables, traçables et intégrables par API, ce qui peut faciliter l’automatisation, l’audit et le règlement rapide.
- Un agent IA peut-il vraiment dépenser de l’argent tout seul ?
- Techniquement oui, si on lui donne un portefeuille et des autorisations. Dans la pratique, les entreprises ajoutent des garde-fous, plafonds, listes blanches, règles conditionnelles, validations au-delà de certains montants, afin d’éviter les dépenses non souhaitées et de limiter l’impact d’une erreur ou d’une fraude.
- Qu’est-ce qu’un stablecoin change par rapport à une carte ou un virement ?
- Un stablecoin peut être transféré comme un objet logiciel sur un réseau programmable, ce qui facilite des paiements automatisés et des règlements entre services. L’intérêt mis en avant tient à la disponibilité par API, à la traçabilité et à l’interopérabilité, sous réserve de conformité et de qualité des réserves.
- Quels sont les principaux risques pour des paiements d’agents IA via crypto ?
- Les risques cités dans les débats portent sur la conformité, sanctions et lutte anti-fraude, la sécurité des clés de signature, la gouvernance des autorisations, et la résilience opérationnelle des réseaux et prestataires. Ces points déterminent le rythme d’adoption en environnement d’entreprise.
À retenir
- Franklin Templeton et Circle estiment que les agents IA vont devenir des acteurs économiques
- Les stablecoins sont présentés comme un moyen de paiement programmable utilisable par API
- La blockchain est décrite comme une couche de règlement et d’exécution de règles
- L’adoption dépend surtout de la conformité, de la sécurité des clés et de la gouvernance
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